Les champignons, maîtres du monde ?

Par Arnaud Daguin, Chef cuisinier et porte parole du mouvement « Pour une Agriculture du Vivant »

Vous avez tendance à associer les champignons au monde végétal ? Détrompez-vous, ils forment à eux seuls un véritable règne. Ils vivent avec nous, ils sont partout, du plus petit au plus grand. Microscopiques, on peut voir leurs effets sans même les voir eux : dans la bière, le fromage ou le pain grâce au processus de fermentation, tandis que dans une forêt de l’Oregon ils forment le plus gros organisme connu sur terre.

Dans le sol, ils jouent un rôle majeur. Ne vous arrêtez pas au cèpe ou au bollet que vous ramassez en forêt. En réalité, c’est seulement la partie émergée d’un réseau souterrain tentaculaire de filaments microscopiques appelé le mycélium. Un véritable internet de la terre qui crée la symbiose avec les arbres et les plantes, par un processus qu’on appelle les mycorhizes. Un réseau d’entraide naturel grâce auquel le champignon reçoit du sucre des plantes, et leur apporte en retour de l’eau mais aussi des sels minéraux (potassium, phosphore, azote), qui leur permettent de grandir. Le champignon est aussi le plus grand recycleur naturel : il sécrète des enzymes qui luttent contre les agents pathogènes et peuvent même décomposer la matière. Il attaque le bois mort, le mange, le recycle et le restitue sous forme de nutriments aux plantes.

En fertilisant le sol, nous brisons cette symbiose. Nous prenons aussi le risque de créer un déséquilibre fongique, néfaste pour le sol. Ainsi, notre avenir alimentaire est dépendant de notre capacité à nous servir de cet équilibre pour produire, tout en prenant soin des sols. 

Ne sous-estimons pas ce micro-monde, qui conduit pourtant le vivant sur terre, les champignons sont nos plus proches parents : nous sommes nous-mêmes composés de champignons. Nous savons aujourd’hui que beaucoup de pathologies sont liées à notre microbiote : la population de champignons et de bactéries qui tapissent notre intestin et nous permettent de vivre. Nous sommes les véhicules de ce monde microbien depuis que nous existons, nous pourrions d’ailleurs nous demander si nous n’avons pas évolué à leur demande…

Architectes de la forêt, disciples de l’intelligence de l’entraide, gouverneurs du vivant : au fond, ne seraient-ils pas les maîtres du monde ?